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Le Québec au temps des berdaches

L’homophobie est arrivée au Québec et dans la majeure partie de l’Amérique du Nord dès le moment où les premiers colonisateurs européens ont mis les pieds sur le continent à partir du 15e siècle. Convaincus par le christianisme que la sexualité ne devait être qu’un rapport reproductif entre un homme et une femme, et réprimant eux-mêmes les pratiques homosexuelles parmi les leurs, ils ont naturellement cherché à réprimer les moeurs sexuelles des Amérindiens, beaucoup plus ouvertes.

© Wikipedia

Pour la majorité des peuples d’Amérique du Nord, la sexualité était considérée comme ayant été donnée par les dieux pour en user en toute liberté. Ainsi, il n’y avait pas de tabou à parler de sexualité devant les enfants et on les laissait faire leurs expériences sexuelles sans intervenir, pourvu que chaque partenaire soit consentant. La sexualité n’était d’ailleurs pas confinée au lien du mariage chez l’adulte. Ainsi, un homme pouvait avoir plusieurs femmes ou se marier avec des hommes ayant pris le rôle des femmes : les berdaches.

Phénomène particulier, le berdache est un homme qui décidait de son plein gré d’adopter le rôle de femme. Le phénomène inverse existait aussi, mais n’est pas englobé sous le terme de berdache et est malheureusement moins bien documenté. Cependant, qu’ils soient hommes ou femmes, ils étaient valorisés parce que l’on considérait qu’ils possédaient à la fois les esprits féminin et masculin, ce qui les rendait plus puissants spirituellement. On parle aujourd’hui chez nos Premières Nations des êtres bispirituels en se référant à cette tradition. Aussi, on encourageait souvent le berdache à ne pas se marier et se consacrer au chamanisme. On le célébrait dans une cérémonie annuelle où tous ses partenaires sexuels dansaient pour lui.

L’adoption du rôle de l’autre sexe s’accompagnait, chez la majorité des peuples, de l’adoption de l’habillement à l’âge de la puberté. Il n’y avait donc pas de stigmatisation à propos du travestisme, vu comme un choix personnel tout à fait acceptable. Le seul critère restrictif dans ces sociétés était qu’on devait choisir l’un ou l’autre des rôles masculin ou féminin et s’y conformer. Le sexe que l’on avait à la naissance ne déterminait donc pas nécessairement notre rôle futur.

Avec le temps et la répression judéo-chrétienne, les berdaches ont presque disparu cependant, mais le phénomène n’a heureusement pas été oublié. C’est en ce sens que l’Association pour la défense des droits des gai-e-s du Québec (ADGQ) nomma en 1979 sa revue, le premier magazine gai publié au Québec, Le Berdache, rappelant que l’homophobie n’avait pas toujours été la norme en ce pays avant la décriminalisation de l’homosexualité au Canada en 1969.

David Girard

Au pays de Xavier Dolan

Le Québec est parmi les nations du monde les plus ouvertes à la diversité sexuelle. Première législature dans les Amériques à interdire la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle en 1977, quelques années après la décriminalisation de l’homosexualité au Canada en 1969, c’est à l’unanimité que son Assemblée Nationale instituait en 2002 l’union civile et de nouvelles règles de filiation. Le Québec allait alors aussi loin qu’il pouvait aller avant la redéfinition fédérale du mariage au Canada en 2005. En 2009, le Québec est devenu un des rares États sur la planète à adopter une politique nationale contre l’homophobie.

© Étienne Ljóni Poisson

C’est dire comment cette nation est accueillante et cela se reflète aux quatre coins du Québec où la vie et la culture gaie et lesbienne sont présentes. Cela tient largement aux hommes et aux femmes qui ont façonné le Québec moderne, parmi lesquels des artistes des plus marquants qui ont exprimé cette culture. Le Québec de 2011 est largement à l’image du jeune cinéaste de renommée internationale Xavier Dolan. Comme dans les films de Dolan, l’homosexualité ne s’y vit pas sans problème, mais nos réalités sont dédramatisées et font partie de la vie. C’est aussi à l’instar de Dolan une nation jeune et bourrée de talents, de plus en plus ouverte sur le monde.

C’est en ce sens que le réalisateur de J’ai tué ma mère et des Amours imaginaires, récipiendaires de plusieurs prix internationaux, a reçu du ministre de la Justice en avril 2011 le prix annuel de lutte contre l’homophobie.

«Dans mes films et mes histoires, je ne ressens jamais le besoin de revendiquer, de me poser des questions parce que les choses sont en quelque sorte acquises. Je sais que si c’est possible, c’est parce que des hommes et des femmes se sont battus pendant des années, bien avant que je naisse et pendant que je grandissais pour leurs droits, la liberté et le progrès.» Déclarait-il en recevant cet hommage, reconnaissant la lutte prolongée, menée depuis des décennies pour bâtir une société où l’égalité soit possible pour les gais, lesbiennes et bisexuels.

Dans cet esprit, nous vous invitons à découvrir les diverses régions du Québec tout en découvrant ou redécouvrant ces artistes qui ont marqué notre culture et ont fait figure de pionniers et pionnières dans l’affirmation de notre existence aux quatre coins du Québec.

Bons voyages!
André Gagnon, Éditeur