Durant le sommet du Groupe des 20, organisé à Toronto les 26 et 27 juin, le rose s’est fait couleur de protestation politique. Les tenues excentriques et les drapeaux du Pink Bloc, un regroupement affinitaire de personnes qui combattent le patriarcat et la catégorisation des genres, se sont faits bien visibles parmi la foule bigarrée des manifestants.
« Nous voulions que la question de la diversité sexuelle soit mise à l'ordre du jour », revendique Bruno Laprade, l'un des organisateurs du Pink Bloc, également impliqué dans le groupe queer montréalais PolitiQ. Pour le jeune homme, malgré les droits obtenus de chaude lutte par les LGBT canadiens, bon nombre de pays représentés au G20 ont du chemin à faire en la matière. Il suffit de penser à l’Arabie Saoudite, où l’homosexualité est passible de peine de mort, pour s’en convaincre.
Bruno Laprade, également président de la Coalition jeunesse montréalaise de lutte à l’homophobie, affirme que la tenue du G20 exigeait une mobilisation des LGBT. « Des luttes doivent se mener, soutient-il, notamment contre la criminalisation des personnes séropositives au VIH, la criminalisation de l’homosexualité dans la majorité des pays du monde ou les attaques du gouvernement Harper contre des acquis des LGBT ». Évidemment, rien ne les concernant n’a transpiré dans les déclarations finales du G20.
Résolument anticapitaliste
Billy Hébert, qui a fait partie de la vingtaine de participants du Pink Bloc à Toronto, a voulu lui, dénoncer le retrait, par le gouvernement Harper, du financement des méthodes d'avortement du plan du G8 pour l’amélioration de la santé des femmes et des enfants dans les pays en voie de développement. Et Billy Hébert de se demander, à l’instar de la présidente de la Fédération des Femmes du Québec, Alexa Conradi, « pourquoi le gouvernement fédéral ne reconnaît pas aux femmes de ces pays les droits qu'on leur confère ici ».
Les personnes ayant formé le Pink Bloc l’ont aussi fait « en solidarité avec les autres luttes pour la justice sociale », souligne Bruno Laprade. Résolument anticapitaliste, la mobilisation s’est notamment faite en lien avec les revendications de la Convergence des luttes anticapitaliste (CLAC) de Montréal. Pour Billy Hébert, la mobilisation a aussi visé à assurer « une présence visible et festive des LGBT au G20 » et à dénoncer « le contrôle de l’économie mondiale par une poignée de puissants ».
Un Pink Bloc, c’est quoi?
Les interventions du Pink Bloc au G20 ont surtout été constituées de chorégraphies, de mises en scène loufoques, de chaînes d’étreintes, bref, d’une résistance festive, rythmée et colorée face aux 20.000 policiers mobilisés. Cette tactique se veut offensive, mais ne court pas systématiquement la confrontation directe et à la montée en pression. Un Pink Bloc s’est d’ailleurs reformé à l’occasion de la manifestation du 1er juillet, à Montréal, contre la brutalité policière ayant eu cours durant le G20. Plusieurs participants provenaient de Toronto.
Certains LGBT ont figuré parmi les prisonniers arbitraires de la police de Toronto. Bruno Laprade et Billy Hébert ont ainsi eu vent que certaines personnes « présumées LGBT par la police » ont affirmé avoir été détenues dans des cellules isolées pour « leur propre sécurité ». Ces personnes ont probablement dû avoir « plus peur de la police que des autres manifestants », souligne Billy Hébert.
Serbie
Le président en faveur d’une marche à Belgrade
Alexandre Pouliot-Roberge
Le 30 juin 2010, Allvoices.com a rapporté que le président de la Serbie, Boris Tadic, s’est entretenu avec les représentants des organisations gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres afin de leur garantir son appui dans l’organisation et lors du déroulement de la prochaine marche de la Fierté gaie.
« Je considère que la tenue du défilé de la Fierté gaie à Belgrade sera un moment historique, prouvant que la société serbe assure la sécurité de tous ses citoyens, peu importe leur orientation sexuelle », a déclaré le chef d’État de la Serbie.
La campagne « Laissez-nous marcher ensemble »
L’annulation du défilé de 2009 par la police, sous prétexte qu’elle était incapable d’assurer la sécurité des marcheurs, a poussé les militants des droits des gais à se mobiliser pour assurer la tenue de l’événement en 2010.
Le 13 juin dernier, Radio Free Europe a souligné, sur son site Rferl.org, les efforts de la militante Marija Lasic lors de la campagne Laissez-nous marcher ensemble. Mme Lasic y déclare que cette campagne a pour but de récolter plus de 10 000 signatures en Serbie, question de faire pression sur le gouvernement.
Musique
Le nouveau Eminem
François Bernier
Dans une entrevue accordée au New York Times, le controversé chanteur Eminem en a surpris plus d’un en se prononçant pour le mariage gai.
Interrogé par un journaliste du grand quotidien qui lui demandait s’il aimerait voir le mariage gai légalisé dans son État natal du Michigan, le chanteur lui a répondu : « Si deux personnes s’aiment, alors pourquoi pas ? Je pense que tout le monde devrait avoir la chance d’être également misérable, s’ils le veulent ». Après des propos haineux proférés à l’égard des gais dans ses albums précédents, Eminem souligne qu’il s’agit de la nouvelle version tolérante de lui-même. D'ailleurs, son nouvel album est beaucoup moins explicite et violent que ses disques précédents.
Le titre de son nouveau disque, Recovery, réfère à la guérison de sa dépendance aux médicaments. Rappelons que la vedette est allée chercher de l’aide auprès d’Elton John pour combattre sa dépendance : « Dès que j’ai voulu redevenir sobre, j’ai appelé Elton. Je savais que dans le milieu artistique, c’était lui qui me comprendrait le mieux ».
État de New York
Lutte contre l’homophobie à l’école
François Bernier
L’État de New York interdit l’intimidation homophobe à l’école.
Le 22 juin dernier, le sénat de l’État de New York a signé l’Acte de dignité pour tous les élèves des écoles publiques, prohibant ainsi la discrimination et le harcèlement axé sur l’identité ou l’orientation sexuelle. Pour les groupes de lutte pour les droits LGBT new-yorkais, cette décision est une victoire qui rendra grandement service aux élèves, aux parents et aux éducateurs.
La décision a été votée à 58 voix pour, contre 3 voix en défaveur. La mesure a déjà passé l’étape de l’assemblée de l’État et reçoit le soutien du gouvernement. Maintenant que la décision est prise, attendons de voir quelles actions concrètes seront prises pour mettre à exécution ce projet de loi.
Mini-brèves
Sex and the city 2
Mercredi 26 mai dernier sortait en grande pompe la très attendue suite du premier film de Sex and the city. Deux ans plus tard, les filles sont toutes mariées sauf Samantha, et ont toutes besoin d’une échappatoire à leur quotidien. Peu après le mariage de Stanford Blatch et Anthony Marentino, les amies quitteront la grosse pomme pour s’envoler vers Abu Dhabi, ou elles auront à faire faces, non seulement aux différences culturelles, mais à la rencontre hasardeuse de Aiden Shaw, ex-copain de Carrie. Deux heures trente de mode, de luxe, de rigolades et de clichés sur le monde arabe. Rappelons que Les Émirats des arabes unis ont refusé le tournage du film sur leur terre. C’est donc le Maroc qui s’est chargé d’accueillir la superproduction.
Premier prix du Queer Palm à Canne
Le samedi 22 mai à 18h00, le jury de la première édition de la Queer Palm s'était donné rendez-vous au fameux Zanzibar, le plus vieux bar gai de France, pour attribuer sa toute première palme au film Kaboom de Gregg Araki présenté en sélection officielle et hors compétition. Le jury était entre autres composé du directeur du Festival du Film gai et lesbien de Nice, Pascale Ourbih, Florence Ben Sadoun de Première et de Xavier Leherpeur de Studio CinéLive. Les amours imaginaires de Xavier Dolan quant à lui est arrivé en deuxième place.
Le regard jeune pour Dolan
La jeune coqueluche de la croisette Xavier Dolan sort finalement du festival avec un prix. Celui de regard jeune remis par un jury de cinéphile de 18 à 25 ans. Les critiques du film pour la plupart sont élogieuses non sans quelques retenues. Les attentes étaient immenses et l’on peut dire que Dolan s’est finalement admirablement sorti de ce deuxième passage en terre cannoise pour l’une des plus importantes célébrations du cinéma au monde. Sont prochain film, en coproduction avec la France devrait inclure l’acteur Louis Garell, ce grand ténébreux sexy qu’on a pu voir dans plusieurs films, dont Les rêveurs de Bertolucci au côté de Eva Green et dans Ma mère de Christophe Honoré dans le rôle du fils d’Isabelle Huppert.
Elton John sous le ciel du Maroc, malgré des protestations islamiques
Les membres du parti Justice et Développement au Maroc ont manifesté leur désaccord face à la visite de Elton John à Rabat dans le cadre du festival de musique Mawazine de Rabat. Malgré les protestations, le chanteur s’est produit devant une foule de 40 000 personnes enthousiaste et indifférente aux réactions négatives islamistes. Pendant près de trois heures, il a ravi les admirateurs en chantant ses plus grands succès. Chose étrange, le chanteur Mika, aussi de la programmation du festival semble, quant à lui, avoir laissé les membres de Justice et Développement de glace. Il faut dire que la vedette n’a toutefois pas fait de sortie du placard officielle.
Ouverture d’un nouveau bistro dans le Village, le NUVU
C’est avec impatience qu’on attend l’ouverture, en septembre prochain, de ce bistro au concept branché! Dans un décor à la mode avec des serveurs vêtu par le designer Québécois Philip Dubuc, le NUVU promet une expérience de luxe à prix abordable.
Campagne contre l’homophobie
Vidéotron censure
Alexandre Pouliot-Roberge
Le quotidien Le Soleil rapporte dans son édition du 13 mai dernier que Vidéotron a censuré la campagne contre l’homophobie au sein de son entreprise. Dans le cadre de campagne entourant la Journée internationale contre l’homophobie, des images montrant deux joueurs de hockey s’apprêtant à s’embrasser ont été retirées des murs des bureaux du câblodistributeur le 10 mai, après la réception de trois plaintes venant d’employés.
« Le geste de l'employeur a suscité bien des réactions », affirme le délégué syndical Bruno Tremblay. Il ajoute que cela « montre que bien des compagnies n'ont pas beaucoup évolué sur la question de l'homophobie ». Le président de Gai Écoute, Laurent McCutcheon, a déclaré au journal Le Soleil qu’il en a « discuté avec les responsables chez Vidéotron » et que l’entreprise devrait « prendre les mesures appropriées pour corriger la situation ».
Journée mondiale contre l’homophobie
Le monde du sport reste silencieux
Antoine Aubert
Quand on parle d’homosexualité et de sport professionnel, le mot omerta s’impose immédiatement. Les résultats de la récente action de la Fondation Emergence viennent d’en apporter une preuve supplémentaire. Dans le cadre de la Journée internationale contre l’homophobie (17 mai), l’association québécoise avait décidé de s’attaquer à ce silence tenace des sportifs face à la question de l’homosexualité. Dès lors, tout en effectuant un sondage pour faire un point sur la situation, Laurent McCutcheon espérait également une mobilisation du monde du sport. Le président de la Fondation Emergence est tombé de haut.
« On ne leur demandait pas beaucoup »
« J’aurais aimé m’adresser à vous avec, à côté de moi, des athlètes célèbres ou des membres de fédérations. Hélas, ce n’est pas le cas », a-t-il ainsi expliqué, bien seul sur l’estrade, face aux dizaines de personnes venues, le 14 mai, prendre connaissance des résultats de l’étude. Tout en voulant montrer un bilan de campagne positif pour l’association, Laurent McCutcheon n’a pu masquer sa déception et ses regrets tout au long de son discours face à l’attitude méprisante du monde du sport. « Pourtant on ne leur demandait pas beaucoup », se lamente-t-il.
On ne peut qu’être d’accord avec lui sur ce dernier point. Afin de permettre une vraie sensibilisation et combattre efficacement l’homophobie, la Fondation Emergence avait demandé, en septembre 2009, aux associations, organisations et fédérations sportives de soutenir une déclaration rappelant « qu’aucune forme de discrimination n’a sa place dans le monde du sport. Être sportif […] c’est aussi lutter contre toute forme de discrimination, y compris fondée sur l’orientation sexuelle. Voilà pourquoi j’apporte mon soutien à la Journée mondiale contre l’homophobie ».
L’opinion publique consciente du problème
Le texte a été signé par la ministre de l’Éducation, du loisir et du sport, Michelle Courchesne et par la ministre de la Justice et responsable de la lutte contre l’homophobie, Kathleen Weil. Mais « à une ou deux exceptions près, nous n’avons reçu aucune réponse du monde sportif, malgré des rappels. Ni oui ni non. Juste le silence », a souligné Laurent McCutcheon. Selon lui, cette attitude rappelle « l’esprit que l’on retrouve dans la loi pour l’armée américaine Don’t ask Don’t tell (Ne demandez pas, n'en parlez pas) » qui interdit aux militaires gais et lesbiennes de révéler leur homosexualité. « Je ne peux pas dire qu’il y a des pressions de la part des fédérations. En réalité, la loi du silence s’installe de manière tacite », précise-t-il.
La population semble du reste parfaitement consciente du problème. Dans le sondage effectué il y a quelques semaines sur 1501 personnes, 78% des Québécois (et 72% des autres Canadiens) déclarent être d’accord pour parler d’omerta dans le milieu du sport. Pour Laurent McCutcheon, « c’est déjà un très bon signe de voir que l’opinion publique se rend compte de ces difficultés ».
Décalage total
Les médias sportifs se retrouvent également au centre de l’attention. 75% des Québécois considèrent en effet que ces derniers gardent le silence concernant la question de l’homosexualité, favorisant ainsi le statut quo. « Ils ont une grande responsabilité, confirme Laurent McCutcheon. On les sent toujours en retrait. Je constate d’ailleurs leur absence au moment de rendre public les résultats de notre étude. ». Au final, c’est donc bien tout un système qui doit être transformé.
Le silence du monde du sport s’avère d’autant plus incompréhensible que la population paraît majoritairement bien loin de tout sentiment homophobe dans ce domaine. Ainsi, pour 77% des Québécois et 68% des autres Canadiens, « le fait de connaître l’orientation sexuelle d’un athlète n’influencerait pas l’appréciation que le public se ferait de cet athlète ». Un tiers d’entre eux considèrent néanmoins que les sportifs ouvertement homosexuels auraient moins de possibilité de succès que leurs collègues hétérosexuels.
Le gouvernement va-t-il enfin agir ?
Petite particularité de ce sondage : l’homosexualité des athlètes féminines semble mieux acceptée que celle de leurs collèges masculins. Pour Laurent McCutcheon, on retrouve là « une tendance que l’on constate dans toute la société en général vis-à-vis des homosexuels ». Concernant le cas précis du sport, il conclue que « la femme dont la force physique dépasse la norme sera valorisée et ses chances de succès seront accrues. En contrepartie, l’image de l’homme homosexuel est encore trop souvent assimilée à une capacité physique inférieure ».
Face à autant de préjugés et de non-dit, il est donc plus que grand temps d’agir. Les regards se tournent forcément vers le gouvernement : comme l’explique le président de la Fondation Emergence, la ministre des Sports « a l’obligation de prendre en main ce problème. Un plan doit être mis en place, comprenant notamment un programme d’éducation et de sensibilisation. Quand on parle de sport, on parle par exemple d’entraîneurs chargés de s’occuper de jeunes enfants. Ceux-ci ont un rôle très important pour changer les mentalités, dès le plus jeune âge. D’une manière plus générale, un plan d’action contre l’homophobie est en train d’être discuté. J’espère que des mesures concrètes seront prévues pour le monde du sport, histoire de dépasser enfin les déclarations de principe. » Reste à savoir si le ministère, qui a certes financé le sondage, se rend bien compte de la situation. Michelle Courchesne devait être aux côtés de Laurent McCutcheon le 14 mai. Elle a annulé, estimant que sa place se trouvait davantage aux obsèques du père de Jean Charest.
Les amours imaginaires sur la Côte d'Azur
Xavier Dolan de retour à Cannes
François Bernier
C’est maintenant confirmé. Après avoir a remporté trois prix au Festival de Cannes l’an dernier, Xavier Dolan y fera un retour avec son nouveau film Les amours imaginaires, dans la catégorie Un certain regard.
Le réalisateur de 21 ans peut se vanter d’accomplir un nouvel exploit avec cette projection d’un deuxième film au prestigieux festival. Il sera en compétition avec dix-huit autres films venus de partout sur la planète. La catégorie Un certain regard est réservée aux réalisateurs émergents. Cet honneur confirme que l’artiste a de nouveau séduit l’organisation du festival.
Son film Les amours imaginaires raconte l’histoire de deux amis (Xavier Dolan et Monia Chokri) qui sont amoureux du même garçon (Neil Shneider). Dolan le décrit comme plus léger, plus frivole, voir plus pop que J’ai tué ma mère. C’est le 11 juin que le film prendra l’affiche ici au Québec.
Souhaitons à ce deuxième film un succès aussi fort que le précédent. Et pour les rabats-joies qui n’ont pas été convaincus par sa première œuvre, celle-ci promet d’être complètement différente.
La différence n’est pas une maladie
Journée de la Fierté trans : le samedi 1er mai à Montréal
L’Association des personnes transsexuelles du Québec (l’ATQ) organise cette année une journée de conférences à l’UQAM dans le cadre de la Journée de la fierté trans 2010. Les principaux sujets abordés seront l’avènement d’Internet dans la communauté transsexuelle, ainsi que les dernières données concernant les opérations de changement de sexe. Les conférences se dérouleront à l’UQAM de 9 h 30 à 17 h. Elles seront suivies du Gala de la fierté trans, au Café Cléopâtre, à 21 h, animé par Mimi de Paris et Nat King Cole.
C’est un événement pour les homosexuels du Maroc et du reste du monde arabe. Le 1er avril, Samir Baragachi, président de l’association LGBT marocaine Kifkif, a lancé le magazine Mithly (jeu de mots signifiant à la fois « homo » et « comme moi » en arabe).
S’il s’agit de la première revue gaie publiée dans cette région du monde, il faudra néanmoins attendre encore pour se réjouir véritablement : Mithly n’a été tiré qu’à 200 exemplaires, imprimés à Rabat, dans la clandestinité.
Cette situation est liée à la législation marocaine, qui est très dure envers les homosexuels. Le Code pénal prévoit une peine de prison – entre six mois et trois ans – ainsi qu’une amende en cas d’« actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe ». Depuis l’indépendance du pays, en 1956, quelque 5 000 homosexuels auraient été emprisonnés, selon Kifkif.
Les conservateurs marocains ont déjà réagi avec hostilité à l’apparition de ce magazine de 19 pages. Mustapha Khalfi, directeur du journal Attajdid, proche des islamistes, parle d’une « publication qui porte atteinte aux valeurs islamiques de la société marocaine ». Il ajoute que « l'homosexualité est contre l'avenir de l'humanité ». Au final, pour Mithly, le succès passera surtout par son site Internet – http://www.mithly.net/ – financé en partie par l’Union européenne.
Jasmin Roy et Osti de fif!
En guerre contre l’homophobie en milieu scolaire
Antoine Aubert
Le comédien Jasmin Roy évoque dans son livre Osti de fif! son expérience traumatisante tout au long de son parcours scolaire. Une histoire personnelle dont il veut aujourd’hui se servir pour combattre un fléau aux conséquences sérieuses.
Pour Jasmin Roy, le lancement d’Osti de fif! devait forcément avoir lieu dans un établissement scolaire. Une manière, pour l’interprète de Philippe Graton dans Caméra Café, de « boucler la boucle », en retournant dans un environnement où, de son propre aveu, il a vécu « un supplice ». Une manière aussi de montrer qu’il est grand temps de mener une lutte sans merci contre l’homophobie en milieu scolaire, thème central de ce livre-témoignage. En l’accueillant à bras ouverts, le 7 avril dernier, l’école secondaire Jeanne-Mance, située rue de Bordeaux à Montréal, a répondu aux attentes du comédien québécois. Une centaine de personnes étaient venues soutenir et féliciter l’auteur, très ému au moment d’évoquer son expérience.
Transformé en « punching-ball ambulant »
Le calvaire raconté par Jasmin Roy commence à l’école primaire : « Dès la première semaine d’école, ces garçons m’ont étiqueté et je suis devenu leur tête de Turc », écrit-il. Il conserve ce rôle pendant de longues années, avec une violence qui ne fait qu’augmenter au fil du temps. Il y a d’abord les insultes – les « traditionnels » tapette, moumoune et osti de fif. Puis les gifles, les coups de poing et les coups de pied.
À l’école secondaire, l’élève devient « une proie de choix, un punching-ball ambulant, un déchet abject ». Devant cette situation, ses professeurs se montrent incapables d’intervenir. En ce sens, Osti de fif ! est un témoignage efficace pour dénoncer un système scolaire souvent dépassé par les événements et incapable de contrer un tel harcèlement physique et moral. Certains enseignants participent même au lynchage contre Jasmin Roy. De leur côté, les directeurs d’établissement se contentent de la fameuse phrase : « Les enfants sont cruels entre eux, voilà tout ».
Pourtant, ces actes malveillants n’ont pas été sans conséquence. Outre le silence et une triste solitude, l’angoisse, l’insomnie et l’hypocondrie sont devenues le lot quotidien de l’adolescent. Plus grave encore, ce qui marque le lecteur c’est le renoncement du jeune à tout développement personnel. En subissant ces violences, Jasmin Roy acceptait l’image que ses bourreaux lui renvoyaient : celle d’un être souffrant d’une anomalie de la nature, honteux de ses désirs.
Toujours la même homophobie de nos jours
Ce n’est que par l’art, et notamment le théâtre, en fin de parcours scolaire, que l’acteur a pu s’en sortir peu à peu. Il s’est affirmé, grâce à l’insistance et à la compétence d’un de ses professeurs, preuve que le milieu éducatif détient l’une des clefs du problème de l’homophobie chez les jeunes. Mais sa réussite sur scène et à la télévision, ou encore une vie amoureuse satisfaisante, n’a pas suffi à évacuer les années sombres. C’est même à un moment où tout semble lui réussir – notamment avec le succès du téléroman Chambres en ville – que la dépression frappe Jasmin Roy, rattrapé par des angoisses qu’il n’avait fait taire que provisoirement. Seule une longue, mais fructueuse analyse suivie auprès d’une spécialiste lui a finalement permis de dépasser ce traumatisme.
À la lecture de ce témoignage fort, la deuxième partie de l’ouvrage n’en devient que plus importante. Jasmin Roy a choisi d’y évoquer le cas de jeunes qui, ces dernières années, ont subi le même genre de traitements. Malgré des avancées dans la reconnaissance des droits pour les homosexuels au Québec, peu de choses ont changé en milieu scolaire. Il évoque la souffrance et les mêmes effets qui se retrouvent chez Jonathan, sur qui 15 élèves ont fait tomber une rangée de cases pour le tuer à Noël, « puni » parce qu’il avait décidé de vivre son homosexualité dès l’âge de 13 ans. Certains de ces élèves ont perdu le goût des études. D’autres ont même tenté de mettre fin à leurs jours.
Quelles solutions ?
Que faire alors pour changer les choses ? Interrogé par RG, Jasmin Roy réclame en premier lieu « l’intolérance zéro contre toute forme d’homophobie à l’école. La moindre injure doit être sanctionnée ». Il évoque également la « mise en place d’ateliers réguliers dans les établissements scolaires, pour parler de l’homosexualité et de l’histoire du combat LGBT. Si on en finit avec l’ignorance, alors la partie sera gagnée. Mais il s’agit d’organiser cela sur la durée et non pas seulement avec une intervention épisodique après laquelle plus rien n’est fait ». De plus, le comédien a proposé ses services au gouvernement pour mener une politique efficace. Aucune réponse ne lui est encore parvenue.
Au-delà de l’arc-en-ciel
En aide aux immigrants gais et lesbiennes
Éric Messier
Fondé en 2009, l’organisme communautaire ADA (Au-delà de l’arc-en-ciel) est en plein développement. Il vise dans le mille en offrant de l’aide aux personnes LGBT nouvellement arrivées au Québec — quels que soient leur âge et leur origine ethnique — ou qui éprouvent des difficultés à vivre leur différence sexuelle dans leur communauté d'origine.
ADA offre une variété de services d’accompagnement à ces gens qui se retrouvent dans une double situation d’exclusion, aussi bien comme immigrants que comme gais non affirmés.
Plusieurs personnes auxquelles ADA vient en aide ont choisi l’exil afin de pouvoir vivre leur homosexualité. Quiconque a vécu à l’étranger sait bien que le seul fait de bénéficier d’un accueil réconfortant et de se faire encourager contribue énormément à s’intégrer dans une nouvelle société.
ADA, un homme et une bonne idée
ADA est né de l’initiative d’un immigrant colombien, Héctor Gomez, arrivé au Québec il y a huit ans. Depuis, il s’est engagé comme bénévole dans des organismes qui défendent les droits des LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transsexuels).
M. Gomez décide de fonder ADA après avoir fréquenté pendant quelques années et en français le Groupe de discussion au masculin (GDM, qui existe depuis 1979).
« En 2009, la journée internationale de lutte contre l’homophobie avait pour thème L’homosexualité n’a pas de frontières. Cela m’a fait réfléchir aux besoins des personnes LGBT des communautés culturelles, ainsi qu’aux moyens de les accueillir et de les aider. »
« J’ai constaté que de nombreux immigrants de nos communautés arrivent ici complètement désorientés, en plein désarroi, ne trouvant leur place ni dans leur communauté d’origine ni dans la société d’accueil. Cette réflexion et l’observation de ces faits m’ont emmené à fonder ADA – Au-delà de l’arc-en-ciel, qui est en fait une filiale hispanophone du GDM, mais qui n’a plus de liens avec ce groupe. »
Ainsi, ADA veut briser l’isolement et l’exclusion des immigrants LGBT, réduire les préjugés de part et d’autre par l’éducation et faire mieux connaître les lois concernant la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
Des rencontres ont lieu tous les vendredis dès 19 h 30 au local A-1850 du pavillon Hubert-Aquin de l’UQAM, au métro Berri. Chaque rencontre donne à toutes et à tous l’occasion d’échanger sur un sujet suggéré et de créer de nouveaux liens de soutien et d’encouragement.
Les organisateurs veulent aussi créer des groupes de rencontres en d’autres langues. On cherche donc des animatrices et des animateurs qui voudraient s’engager à mettre sur pied des groupes semblables.
El Armario Abierto
M. Gomez est aussi bénévole à Radio Centre-ville depuis octobre 2005 et il cumule dans cette organisation les fonctions de journaliste, de recherchiste et d’animateur à l’émission El Armario Abierto (« Le placard ouvert »). Cette dernière est diffusée les lundis à 22 h 30 et porte sur la diversité sexuelle, particulièrement sur la communauté LGBT hispanophone de Montréal.
« Notre mission vise à avoir un impact assez large en faisant la promotion de la santé sexuelle, mentale, physique et sociale auprès de toutes les communautés », explique M. Gomez. « Nous encourageons les membres de la communauté LGBT hispanophone à sortir du placard avec dignité et fierté. Notre objectif principal est de conscientiser la population, afin de mettre fin à l’homophobie et à tous les préjugés entourant la diversité sexuelle. »
Distribution de tracts
Pour l’ADA, « la lutte contre l’homophobie est un devoir de tous les jours ». Cela inclut des efforts pour rallier aux efforts et aux activités de l’ADA tous les organismes communautaires.
« Nous avons un programme d'intervention et nous distribuons des dépliants dans les stations de métro pour éduquer la population immigrante et l’informer de la lutte contre l'homophobie. Nous ne limitons pas notre action au 17 mai, Journée internationale de lutte contre l'homophobie, mais nous comptons aussi faire des actions durant toute l'année. Nous serions ravis de faire des interventions de façon conjointe dans des stations de métro, le samedi, tous les deux mois », explique M. Gomez.
Le 27 février dernier, le groupe était présent à la station de métro Côte-des-Neiges. Les prochains rendez-vous sont les suivants : le 10 avril au métro Saint-Michel ; le 15 mai au métro Côte-Vertu ; le 17 juillet au métro Longueuil ; le 18 septembre au métro Jean-Talon et le 20 novembre au métro Angrignon.
Pour rejoindre l’ADA :
514-527-4417
info@lgbt-ada.org www.lgbt-ada.org
Guide de citoyenneté
Les droits des gais cachés aux immigrants
Alexandre Pouliot-Roberge
Le 2 mars dernier, la Presse canadienne levait le voile sur le silence qui marque le nouveau Guide de l’immigrant quant aux droits des gais et lesbiennes au Canada. En effet, après avoir procédé à une révision du Guide en juin dernier, le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, a ordonné que soient retirés du document les passages concernant la décriminalisation de l’homosexualité en 1969, la reconnaissance du mariage gai en 2005, et l’interdiction de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle, incluse dans la Charte des droits et libertés.
Groupes gais outrés
Le président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), Steve Foster, a écrit une lettre ouverte aux médias pour signifier l’indignation de la communauté. Le dirigeant de l’organisation faisait alors remarquer que le retrait de ces renseignements est dans la même lignée que plusieurs autres politiques du Parti conservateur.
Foster considère qu’il y a de bonnes raisons de s’inquiéter lorsque le gouvernement conservateur « rabroue une de ses ministres pour avoir financé un festival gai, reste silencieux devant la perte de droits pour les personnes LGBT et la criminalisation de l'homosexualité sur la scène internationale », et « nomme à la tête de l’organisme Droits et Démocratie Canada un candidat qui se positionne clairement contre la pleine égalité des personnes homosexuelles et pour la peine de mort ».
Jason Kenney et le mariage gai
Le ministre Kenney n’en est pas à sa première offensive contre le mariage gai. Il s’est opposé à la reconnaissance du mariage gai lors du vote de 2005. Il est aussi de ceux qui ont signifié son désir de rouvrir le débat à ce sujet après l’élection du Parti conservateur en 2006.
Johnny Weir répond à ses détracteurs
Alexandre Pouliot-Roberge
Lors d’une conférence de presse donnée le 24 février dernier, Johnny Weir a répondu aux commentaires homophobes tenus à son propos à l’antenne de RDS par Alain Goldberg et Claude Maillot.
« Ces deux hommes ne critiquaient pas la façon dont je patinais, c’est en tant que personne qu’ils m’ont critiqué, et c'est cela qui m'a franchement mis en colère », explique le patineur artistique. Critiqué à propos de « son manque de masculinité », l’Américain répond simplement qu’il croit « que la masculinité, c'est ce qu'on veut bien en faire ». Il poursuit : « Je trouve que la masculinité et la féminité sont des notions démodées ». Weir se réjouit du fait qu‘il y a une « nouvelle génération de gens qui ne se définissent pas par leur sexe ou par leur race ni par ceux ou celles avec qui ils aiment coucher ».
L’athlète ne réclame pas de sanction contre les deux analystes. « Je suis trop favorable à la liberté de parole pour donner ce genre d'ultimatum », avoue-t-il. Il ne leur en veut pas. Il précise même que « si j’avais la chance de me retrouver à manger une poutine avec eux, je crois que nous pourrions bien nous entendre. Ils auraient l’occasion de me connaître réellement », conclut Weir.
Tous ne sont pas aussi « bons princes »
Devant l’indignation qu’ont provoquée ses commentaires, Claude Maillot a pris quelques secondes de temps d’antenne, à RDS, pour présenter des excuses. « Il semblerait que, quand nous avons parlé des vêtements, hier, cela a choqué certaines personnes », a expliqué l’animateur. « Si vous vous êtes senti critiqué, on s’en excuse », a-t-il conclu.
Malgré ces paroles, Steve Foster, le président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), n’est pas satisfait. « Ils font des excuses pour leurs propos sur les vêtements », précise Foster au Journal de Québec. « Or, ce que nous dénonçons, c’est qu’ils ont dénigré la masculinité de Johnny Weir », explique-t-il. Le dirigeant de l’organisme ajoute « qu’ils ont dit qu’il devrait peut-être aller patiner chez les femmes et insinué qu’il n’était pas un bon exemple pour le sport ».
Le CQGL a déjà annoncé qu’il va porter plainte au CRTC, comme l’explique le magazine RG dans son édition de février dernier.
Danny Turcotte s'excuse
L'animateur Danny Turcotte, pourtant récipiendaire du prix de Lutte contre l’homophobie 2009, a aussi été forcé de se raviser. Lors de la diffusion, le 28 février dernier, de l’émission Tout le monde en parle, Turcotte a aussi tenu des propos désobligeants à l’endroit de Johnny Weir. Le « fou du roi » a dû se rétracter après avoir déclaré que « certains costumes ont vraiment l’air fif », en référence au patineur artistique américain. « J’ai été extrêmement malhabile dans mes propos », avoue l’humoriste. « J’ai du chemin à faire dans l’acceptation de la différence », ajoute-t-il à la blague.
Turcotte a avoué avoir été impressionné lors de la conférence de presse de l’athlète. Il a aussi promis de ne plus jamais user de l’expression « fif » et s’est même engagé à donner 100 $ à l’organisme Gai Écoute chaque fois qu’il s’échapperait. Il a invité le public à en faire autant et il a scandé l’appel suivant : « Vive l’homodiversité et vive Johnny Weir libre ! ».
Iran
Les transsexuels ont un poids de moins sur les épaules
Alexandre Pouliot-Roberge
Le six janvier dernier, l’agence de presse officielle du gouvernement iranien a annoncé qu’elle retirerait la transsexualité de la liste des inaptitudes qui exemptent du service militaire. Un des directeurs responsables des « personnes socialement vulnérables », Hassan Moussavi Chelk, a expliqué, par l’entremise de l’agence Fars, qu’il serait inscrit « diabétique » ou « troubles hormonaux » sur les attestations d'exemption des transsexuels.
Faciliter l’insertion au travail pour les transsexuels
Cette mesure a pour but de protéger les transsexuels contre les discriminations dont ils sont victimes de la part des employeurs. Ces derniers doivent exiger le certificat d’exemption lors de l’embauche de quelqu’un en âge de faire le service militaire. La majorité des transsexuels se voient rejetés sur le marché du travail lorsque les propriétaires d’entreprises constatent que le candidat a changé de sexe.
Une mesure pour lutter contre l’homosexualité
La République islamique iranienne est le seul état musulman à permettre le changement de sexe. L’État perse va jusqu’à l’encourager chez les gais. Cette mesure a pour but de combattre l’homosexualité, passible de la peine de mort. Les services de santé vont jusqu’à payer une partie des frais de l’opération. C’est ce que nous apprend le documentaire intitulé Transsexuel en Iran et diffusé sur France 2 en 2006.
En introduction à ce reportage, le journaliste et écrivain Armin Arefi explique que « depuis l’avènement de la République islamique, il y a 30 ans, l’homosexualité est considérée comme un délit ». Il note aussi que le lesbianisme mérite l’exécution à la troisième récidive, tandis que la sodomie n’a pas le luxe d’une deuxième chance. Il nous indique que les gais sont pourtant bien visibles à Téhéran. « Maintenant, lorsqu’on se promène à Téhéran, on peut très facilement rencontrer des homosexuels. […] …les mardis soirs, on les voit assez librement se rencontrer », précise-t-il.
L’ayatollah Khomeiny est à la source de la légalisation sur la transsexualité. En 1983, ce dernier avait émis une fatwa appelant à permettre le changement de sexe et à donner aux transsexuels un nouvel acte de naissance. Arefi raconte que l’iman aurait été touché par la détresse d’un homme mis au ban de la société parce qu’il considérait être venu au monde avec le mauvais genre. Selon le reportage, entre 1983 et 2006, plus d’un millier d’Iraniens auraient changé de sexe.
Dénigrement du patineur Johnny Weir
Le CQGL porte officiellement plainte
Julien Daigneault Boucher - julien@etremag.com
Le Conseil québécois des gais et lesbiennes porte plainte auprès des autorités canadiennes en matière de radio et de télédiffusion contre l’animateur Claude Mailhot et le chroniqueur Alain Goldberg de RDS et V, ainsi que contre l’animateur de CHOI FM Stéphane Dupont, concernant des propos jugés homophobes.
L’origine de l’affaire remonte aux commentaires vaseux proférés à l’endroit du patineur américain Johnny Weir par Claude Mailhot, ex-sous-ministre québécois du Sport amateur, et par le chroniqueur sportif Alain Goldberg lors de l’émission Réveil olympique, diffusée le 17 février sur les ondes de RDS et V. Les commentateurs ont par la suite été sommés de faire des excuses publiques. Ils se sont exécuté le lendemain soulignant ne pas « avoir voulu choquer ».
Pour le président du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), Steve Foster, ces excuses sont insatisfaisantes : « Les propos reprochés portent sur le dénigrement de la masculinité du patineur. Peu importe si une personne est homo ou hétérosexuelle, elle ne mérite pas de se faire dénigrer lorsqu’elle n’entre pas dans les cadres sociaux de la masculinité ou de la féminité. Or, les commentateurs ont uniquement reconnu s’être moqués de la tenue vestimentaire de Weir ».
« C’est pour cette raison que nous avons déposé une plainte auprès du Conseil canadien des normes de la radiotélévision le 21 février », explique M. Foster. Il souligne que des dizaines de plaintes ont été soumises pour les mêmes motifs durant la fin de semaine.
Réaction « haineuses » à Québec
En réaction à la polémique suscitée par les propos de Mailhot et Goldberg, l’animateur de CHOI Radio X 98,1 à Québec, Stéphane Dupont, a déclaré durant son émission du 19 février que le « le patinage artistique a toujours été un sport de tapette, criss ».
Ne voulant pas s’étendre sur l’affaire, le président du CQGL explique avoir aussi déposé une plainte le 21 février contre M. Dupont auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. « Ses propos m’ont abasourdi. Ils ne sont pas seulement homophobes, mais haineux », affirme-t-il.
Animé par le bon goût qui caractérise la radio d’opinion de la région de Québec, M. Dupont a néanmoins tenté de nuancer son propos en expliquant qu’une « tapette, c’est pas un homosexuel, une tapette c’est un gars qui s’approche de la femelisation (sic) corporelle », avant d’enchaîner avec des blagues scatologiques concernant les athlètes d’haltérophilie féminine.
Pour M. Foster, « C’est probablement pour cette raison que l’organisme Gai Écoute a déjà organisé une campagne contre l’homophobie autour du mot tapette », ironise-t-il.
En onde le 22 février, l’animateur controversé s’est excusé à contre cœur « d’avoir pu faire de la peine » aux « gens ordinaires là, pas des petits doigts en l’air du Plateau Mont-Royal ».
Les propos de Mailhot et Goldberg
M. Mailhot et Goldberg se sont retrouvés au milieu d’une controverse après avoir qualifié le style flamboyant et exubérant du jeune patineur américain Johnny Weir de « mauvais exemple » pour la jeunesse.
« On n'a pas tort de le décrier. Il a du rouge à lèvres, il s'habille de façon féminine, il essaie d'être le plus féminin possible sur la glace », a déclaré M. Goldberg.
En rappelant l'affaire Caster Semenya, cette athlète sud-africaine contrainte de faire un test gynécologique après ses performances aux Championnats du monde de Berlin l'an dernier, les deux commentateurs en ont conclu qu’« on pourrait aussi lui faire passer (à Johnny Weir) les tests de féminité ». En riant, Mailhot s’est demandé « si Weir devrait être en compétition féminine ».